« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »


Nous sommes Agathe et Thibault, un couple français qui a eu l'opportunité de découvrir l'association Qosqo Maki durant l'été 2017. Nous avons travaillé trois ans en tant qu'animateurs sociaux au sein d'une association nommée « Les Ateliers Nomades » basée à Autun en Bourgogne et avec laquelle nous avons développé des projets de développement social local au niveau d’un quartier (jardins partagés, atelier de vélo coopératif, ouverture d'un lieu participatif avec les habitants, sorties organisées avec les familles…). Suite à cette expérience, nous voulions connaitre d'autres projets collectifs dans le monde, c'est pourquoi nous avons créé l"association « La vie des Autres » en 2016.

 

En 2017, nous voyageons donc avec notre caméra pour comprendre et valoriser des initiatives où l'humain est au cœur du projet. Nous sommes allés en Asie, en Amérique Latine et prochainement nous continuons sur le continent Africain. Nous filmons ces projets pour ensuite en parler autour de nous dans l'objectif de montrer qu'il est possible de faire des choses ensemble et de positiver sur notre monde actuel. En plus de la réalisation d’un documentaire avec les projets rencontrés, nous proposons notre propre initiative avec notre « bagage à partage », un bagage rempli de jeux divers pour échanger, rassembler les gens et provoquer la rencontre.

 

Au Pérou, c´est donc au sein de l´association Qosqo Maki que nous avons orientée notre projet. Durant les deux mois passés sur place, nous avons pu rapidement comprendre l´aspect participatif du projet étant donné que l´association accorde une grande importance à la place donnée aux jeunes.

 

 

Comment la participation se traduit- elle à Qosqo Maki ?
Les assemblées organisées avec les usagers du dortoir ou de la bibliothèque sont les points centraux de cette dynamique participative.

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Au sein du dortoir, l'assemblée a lieu tous les mardis. Nous avons eu la chance de pouvoir participer à plusieurs d'entre elles et nous avons tout de suite été marqués par la place des jeunes au sein de ces assemblées. En effet celles-ci sont davantage des temps d'échanges durant lesquels les jeunes peuvent évoquer leurs préoccupations ou leurs ressentis aux éducateurs et aux autres jeunes plutôt que des temps où les éducateurs exposent les problèmes ou d'éventuels reproches.

 

Le positionnement des éducateurs laisse une grande liberté aux usagers du dortoir. Même avec ce positionnement, on perçoit rapidement le respect des jeunes vis-à-vis de ces adultes référents. Le fait de responsabiliser les jeunes en les mettant au cœur de l'organisation de leur lieu de vie leur permet de se saisir du lieu plus facilement, favorisant ainsi le respect de celui-ci. On s'aperçoit d'ailleurs que les nouveaux venus s'approprient assez rapidement le lieu et rentrent directement dans le fonctionnement général du dortoir en participant aux tâches du quotidien mais aussi en venant participer aux assemblées du dortoir. Ces assemblées favorisent l'effet de groupe et d'appropriation collective en permettant à chacun d'avoir sa place et son mot à dire. Nous avons d'ailleurs trouvé que le fait de proposer à chacun des jeunes de pouvoir ajouter un point qui lui semble essentiel à l'ordre du jour est un formidable moyen de développer cette participation active. Nous en prenons note pour nos prochaines démarches participatives.

 

Durant ces assemblées mais aussi durant les différents temps que nous avons pu passer au sein du dortoir (petits déjeuners, nettoyage général, tâches quotidiennes, …), nous avons été agréablement surpris par le respect que les usagers peuvent avoir les uns envers les autres alors qu'ils sont une trentaine d'adolescents à partager leur quotidien au sein de cet espace collectif.

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Au sein de la bibliothèque, l'assemblée est avant tout l'occasion pour les usagers d´échanger sur la semaine passée. Cette réunion, qui a lieu tous les lundis, est aussi le moment d'informer sur ce qui va se passer durant la semaine et d’évoquer des sujets sur des thèmes précis (le comportement, une nouvelle activité, la venue d´un intervenant…). Le fonctionnement de cette assemblée est différent de celle du dortoir dans le sens où les points évoqués concernent moins le quotidien de chacun. Cependant nous avons été surpris par la présence volontaire et régulière des jeunes. La démarche participative mise en avant par Qosqo Maki permet d'ailleurs, au sein de la bibliothèque, de s'étendre plus largement aux jeunes du quartier. Cette appropriation entre les jeunes du quartier et ceux du dortoir permet là aussi à chacun d´avoir sa place.

 

Nous avons d'ailleurs trouvé remarquable la volonté des éducateurs de permettre aux jeunes du dortoir de mener ces assemblées avec eux. Une démarche nouvelle mais qui, on l’espère, va continuer et permettre aux jeunes du dortoir de trouver encore plus leur place au sein de ce lieu ouvert à tous.

 

Notre questionnement
Est-il facile pour chacun des « participants » de s'exprimer ouvertement sur des temps collectifs comme les assemblées ? S'expriment-ils individuellement auprès des éducateurs ?

 


Pourquoi la participation au sein de la bibliothèque nous semble différente de celle du dortoir ?

Tout d'abord parce que l´usage de ces lieux est bien différent. L'un est un véritable lieu de vie pour les jeunes du dortoir et l'autre est un lieu ludique pour ces mêmes jeunes mais aussi pour d'autres personnes du quartier. La mixité de public présent au sein de la bibliothèque rend sûrement la participation de chacun plus difficile. En effet, nous avons senti une moins grande implication des jeunes à la bibliothèque comparée au dortoir, notamment pour le rangement et le nettoyage.
Toutefois l'assemblée de la bibliothèque est plus récente et il nous semble donc normal que la participation de chacun au sein de ce lieu soit moins important actuellement. Les démarches participatives prennent du temps. Pour en revenir notamment à la gestion des assemblées de la bibliothèque par les jeunes eux-mêmes, il ne fait aucun doute que cette démarche va accélérer le processus participatif.

A quoi sert cette participation ?

Au sein du lieu participatif que nous avons ouvert en France, nous avons pu voir que chacun s'était approprié le projet car chacun sentait qu'il avait sa place au sein de ce lieu et qu’il était force de proposition. Une appropriation qui n'avait pas eu lieu avec d'autres projets où les habitants se plaçaient plus en consommateurs qu'en participants actifs aux projets.

 

Au sein de l'association Qosqo Maki, nous avons donc eu la chance de pouvoir nous imprégner d'un projet participatif qui nous semble être un formidable exemple sur le fait que le faire ensemble favorise le développement personnel et la socialisation. Cela permet la responsabilisation de chacun des usagers qui favorise l'implication et l'appropriation des lieux. Cette méthode basée sur l'interaction permanente avec les usagers favorise l'échange et respecte la façon de penser de chacun. En effet, ce dialogue continu entre usagers et éducateurs permet aux jeunes de partager leur opinion, de développer des savoir-faire et aussi de favoriser un esprit d'entraide, de partage et de tolérance.

 

La participation collective permet aussi à l'association d'axer son développement sur des idées ou des besoins émergents directement des usagers des différents espaces éducatifs. Appelée aussi cogestion, elle permet ainsi la satisfaction de tous au sein d'un fonctionnement collectif et ce, malgré des compromis personnels pour les prises de décision.

 

Comme le proverbe le dit « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». En effet, il est parfois plus simple et plus rapide de faire les choses seul, de prendre des décisions sans concertation mais il est souvent montré que le résultat n'est pas le même (manque d'appropriation, manque de motivation, manque d´implication, baisse de temps bénévole …). Tout cela prend du temps mais l'association Qosqo Maki, en 25 années d´expérience, a déjà pu prouver de beaux résultats avec des projets mis en place et développés avec et pour les bénéficiaires.

 

C´est avec une grande satisfaction que nous ajoutons ce projet dans notre documentaire sur le « mieux vivre ensemble ».

 

Agathe et Thibault Mouginot